Télécharger au format PDF

Après la crise pandémique du Covid-19, le monde ne sera plus comme avant. L’amplitude et l’onde de choc planétaires du Covid-19 dont les répliques ébranlent encore l’ordre mondial confortablement établi, annoncent irrémédiablement une ère nouvelle. Cette crise a en effet mis en lumière les fragilités du monde ; les fragilités de la gouvernance mondiale.  -Fragilités aussi des systèmes de santé des pays occidentaux qui pensaient être définitivement à l’abri des épidémies, mais également leur fragile dépendance en matière de besoins stratégiques[1].

S’il est donc certain que le monde est d’ores et déjà à l’orée de profondes mutations et d’un temps nouveau, le « temps covidien[2] », il parait cependant difficile de prédire avec certitude, le visage et les contours du nouveau monde qui sera façonné par ses acteurs. L’histoire de la marche globale du monde est ainsi faite. En effet, les grandes crises internationales ont été pour la société internationale une opportunité de se réinventer et se donner de nouvelles impulsions quelle que soit la nature de la crise : militaire (conflits armés), économique, financière etc…

Déjà au XVIIème siècle, portés par la recherche de la paix après des décennies de conflits et d’instabilités en Europe[3], les Européens au moyen des traités de paix de Westphalie ont indéniablement posé les jalons du multilatéralisme dans le cadre des relations internationales.  Cette même tendance de multilatéralisme a été observée après les deux guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945, ainsi que lors des crises économiques et financières majeures, comme celles provoquées par le choc pétrolier des années 1970.

Sur le continent africain, après des décennies de joug colonial, suivies des vagues de décolonisations du début des années 1960, le besoin de tourner la sombre page coloniale s’est manifesté. L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) créée en mai 1963 dans le sillage des indépendances africaines, témoigne de cet élan multilatéral à l’échelle continentale.

Si, sur le plan sanitaire, le continent africain a été relativement moins touché comparativement aux autres continents (Europe, Asie, Amérique), les conséquences économiques et sociales en revanche s’annoncent d’ores et déjà très difficiles. Pour l’Afrique, encore très largement dépendant des aides internationales multiformes ainsi que des importations, cette crise apparait comme une occurrence pour le continent de prendre en main sa destinée en se réorganisant. Le continent a donc pour impérieux enjeu, le renouveau de son multilatéralisme.

Nous entendons ici par multilatéralisme, les dynamiques internationales de coopération entre Etats dans le but de réaliser des aspirations communes, sur les plans économique, social, diplomatique etc…

Quels sont donc les enjeux du multilatéralisme, notamment en temps crise ? Quelles sont les valeurs et principes du multilatéralisme nécessaires à l’Afrique post-Covid-19 ? Comment le renouveau du multilatéralisme sur le continent africain peut-il concrètement se traduire ? Quels pourront être les acteurs de ce renouveau ? Finalement, quels peuvent être ses potentielles menaces ?

L’idée originale que nous proposons dans cette réflexion est la nécessité de création d’un G8 Afrique (qui sera composé des principales puissances économiques et diplomatiques du continent) comme instrument moteur du renouveau du multilatéralisme sur le continent, mais aussi comme son étendard et porte-voix dans la gouvernance mondiale post-Covid-19. Sur le plan mondial, ce mode de gouvernance informel est incarné par exemple par le G7 et le G20.

Soixante ans après les indépendances en Afrique, il serait temps que le continent fasse front convenablement aux problématiques de pauvreté, de sous-développement économique, social, institutionnel, d’instabilités politiques ainsi qu’à l’hydre terroriste qui s’y enracine.

La perspective de cette analyse n’est donc pas de faire une étude théorique sur le multilatéralisme, mais mettre en évidence quelques principes qui le gouvernent qui seront nécessaires aux relations de coopération africaine post-Covid-19.

  A-  Les crises internationales et l’élan du multilatéralisme.

Si l’histoire des relations internationales est ponctuée par des épisodes de guerres et crises diverses, les efforts de paix ont su prendre le dessus pour ainsi éviter des tragédies encore plus importantes. En effet, avec les traités de Westphalie en octobre 1648, les Etats européens s’engageaient dans une dynamique multilatérale alors que le continent était en proie à des guerres et crises politiques majeures. Ces traités ont été d’une importance capitale pour le continent européen, et plus tard pour les relations internationales. Ainsi, …Lire la suite

 [1] Axelle Degans, « Synthèse de l’actualité internationale de mai 2020 », URL : https://www.diploweb.com/Synthese-de-l-actualite-internationale-de-mai-2020.html, consulté le 8 juin 2020.

[2] Cf. Expédit Ologou, « Penser la fragilité universelle. Notes provisoires sur le temps covidien », Les fragilités du monde, Dossier du CiAAF n°2, mai-juin 2020, URL :  https://www.ciaaf.org/covid-19/penser-la-fragilite-universelle-notes–provisoires-sur-le-temps-covidien/, consulté le 26 juin 2020.

[3] Guido Braun, « Les conceptions protestantes de la paix au congrès de Westphalie (1643–1649) », URL : https://books.openedition.org/septentrion/38309?lang=fr, consulté le 28 mai 2020.

 

Télécharger au format PDF

S'abonner à notre Newsletter

Rejoignez notre mailing list pour recevoir les informations du CiAAF

Vous êtes abonné!