
Comment mieux associer les jeunes aux institutions publiques à l’ère du numérique ? C’est autour de cette question que le Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF) a réuni, samedi 8 août à Porto-Novo, les jeunes bénéficiaires du projet Digitalise Youth, des représentants d’institutions publiques et des personnes-ressources pour un atelier de dialogue consacré à la participation numérique des jeunes au Bénin.
Organisée autour du thème “Jeunes et participation numérique au Bénin : quelles passerelles avec les institutions ?”, la rencontre marque une nouvelle étape du parcours engagé par les 24 jeunes de la cohorte. Après plusieurs mois de formation, de coaching et de mise en œuvre de mini-initiatives citoyennes, ils ont choisi de prolonger leur engagement par un exercice de dialogue et de plaidoyer auprès des institutions.
Passer de la formation au dialogue
Les discussions ont notamment réuni Destiny Kounkouaga, 1re Vice-présidente du Parlement des Jeunes du Bénin, Daniel Sènou, Chargé des études et représentant du Médiateur de la République, Lionel Gbegonnoudé, Conseiller et président de la Commission des TICs à la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), ainsi que des jeunes de la cohorte et des personnes-ressources.
Le panel consacré aux pratiques numériques des jeunes a permis de revenir sur les usages du numérique, les obstacles à la participation et les moyens d’améliorer le dialogue avec les institutions.
Les échanges ont notamment souligné la nécessité pour les jeunes de mieux structurer leurs actions et d’adapter leurs stratégies de plaidoyer aux interlocuteurs institutionnels. Ils ont également mis en évidence l’importance de la sensibilisation, de la formation continue et de l’accès à des outils numériques abordables.
La question des mécanismes de recours et de dialogue avec l’administration a également occupé une place importante dans les discussions.
Le Médiateur : “écouter, faciliter, rapprocher, dénouer”
La séquence à l’échange avec le Médiateur de la République a constitué l’un des temps forts de la rencontre.
Empêché de participer physiquement à l’atelier, M. Conrad Gbaguidi, Médiateur de la République, a adressé un message vidéo aux jeunes. Il les a encouragés à mieux connaître leurs droits, à continuer à se former et à utiliser les mécanismes existants pour faire entendre leurs préoccupations.
Il a résumé la vocation de l’institution autour de quatre verbes : “écouter, faciliter, rapprocher, dénouer”.
Son représentant a ensuite répondu aux questions des jeunes sur les possibilités de saisine du Médiateur, le traitement des plaintes, les relations avec l’administration et le rôle des jeunes dans la remontée des préoccupations citoyennes.
Les échanges ont également permis de présenter le dispositif des Ambassadeurs, à travers lequel des jeunes formés peuvent contribuer à identifier et à faire remonter des difficultés rencontrées au sein de leurs communautés.

“Connectés pour agir” : les jeunes formulent leurs propositions
Autre moment important de l’atelier : la présentation du manifeste “Connectés pour agir : manifeste des jeunes pour une participation citoyenne numérique au Bénin ”.
Élaboré par les jeunes de la cohorte, le document part d’un constat simple : alors que les jeunes figurent parmi les principaux utilisateurs des outils numériques, ils restent encore insuffisamment associés à la conception des politiques publiques qui les concernent.
Le manifeste revient sur les acquis du parcours Digitalise Youth, mais aussi sur les obstacles identifiés par les participants. Il formule des recommandations à l’endroit de l’État, des collectivités territoriales, des universités, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
Les jeunes y prennent également des engagements : renforcer et partager leurs compétences numériques, participer aux consultations citoyennes et contribuer à la lutte contre la désinformation.
Le Médiateur de la République assurera la transmission des recommandations auprès des institutions publiques.
Une charte pour prolonger l’engagement
La rencontre ne s’est pas limitée à la formulation de recommandations.
Les participants ont également travaillé en sous-groupes à l’élaboration d’une charte d’engagement bénévole des “Ambassadeurs du numérique responsable”. L’exercice doit permettre de donner une continuité au réseau constitué dans le cadre du projet et de préciser les formes d’engagement que les jeunes souhaitent poursuivre au-delà de leur parcours de formation.
La journée s’est achevée par la remise des attestations aux 24 bénéficiaires de la cohorte, en reconnaissance de leur participation au parcours de formation, à la mise en œuvre des mini-initiatives citoyennes ainsi qu’aux activités de dialogue et de plaidoyer.
Pour le CiAAF, l’enjeu est désormais de maintenir ces passerelles entre jeunesse et institutions et de faire du numérique non seulement un espace d’expression, mais aussi un véritable outil de participation à la vie publique.